Chaque semaine, La Comète prend une nouvelle direction et explore les zones sensibles de notre époque. Cet été, l’écrivaine et traductrice palestinienne Bekriah Mawasi nous entraîne entre le fleuve et la mer, dans un voyage fait de langues, de paysages et de mémoire. Une invitation à explorer ce qui se joue entre les mots, les frontières et le sentiment d’appartenance.  |
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Bonjour, c’est Bekriah Mawasi,Je suis née fin 1987, lorsque la Première Intifada a éclaté, et j’ai grandi à Baqa al-Gharbiah, une ville située près des frontières de 1967 (qui n’était alors qu’un village). J’ai appris à vivre dans trois langues (anglais, arabe et hébreu), que je fais dialoguer dans mon travail d’écrivaine et de traductrice. Je m’intéresse particulièrement aux situations de malentendu et de mauvaise communication, que je considère comme des occasions de démêler ce qui s’est perdu entre les mots. J’ai vécu plusieurs années à Jérusalem, où j’ai appris ce que signifie habiter un lieu sur lequel tout le monde a une opinion bien arrêtée. Cela dit, la ville offre les plus belles lumières de lever et de coucher du soleil. Mon projet actuel, On Arriving: Fragments (AFAC, 2025) explore le voyage et l’errance à travers le paysage local, en mêlant écriture autobiographique, réflexion documentaire et questionnement théorique. En se déployant entre le fleuve et la mer, ce projet interroge ce que signifie être privé d’appartenance et esquisse un lexique évolutif des directions, façonné par un siècle de routes.  | Bekriah Mawasi Écrivaine et traductrice |
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Correspondance en Méditerranée  “Dans le salon de mon grand-père est accrochée une carte de la Palestine d’avant 1948.”
Pour le numéro de Kometa consacré à la Palestine, j’ai participé depuis ma ville de Jaffa, en Israël, à une correspondance avec la poétesse Laura Vazquez, qui habite à Marseille. Ce fut une belle expérience de dialogue et de découverte mutuelle. De la Méditerranée aux nids, des territoires aux foyers, nos échanges ont suivi des chemins inattendus, tandis que nous apprenions peu à peu la musique et les nuances de la langue de l’autre. Malgré la guerre et la distance, cette conversation a ouvert un espace de liberté où se sont croisés souvenirs intimes, réflexions sur l’appartenance et références littéraires, de Pline l’Ancien à Franz Kafka en passant par Homère. Une manière de traverser les frontières par les mots et de faire dialoguer deux imaginaires façonnés par des histoires, des géographies et des langues différentes.
Retrouvez l’intégralité de cette correspondance dans le Kometa 13 “Si la Palestine était le centre du monde”  |
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L’ACTU QUE J’AI RETENUE Un article intitulé “The Palestinians Dying for Work”, publié par +972 Magazine, retrace la mort d’un travailleur palestinien abattu alors qu’il escaladait le mur de séparation pour rejoindre son emploi en Israël. Depuis le 7 octobre 2023, Israël a suspendu la majorité des permis de travail, empêchant des milliers de travailleurs de Cisjordanie de franchir les checkpoints dans un contexte de crise économique grandissante. Face à cette situation, beaucoup prennent le risque de contourner les restrictions en escaladant le mur. Cette réalité constitue l’un des thèmes abordés dans ma nouvelle “Unforeseen”, publiée dans la Michigan Quarterly Review Mixtape. |
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UNE PHRASE QUI M’INSPIRE “Omnia mutantur, nihil interit” “Tout change, rien ne meurt” Ovide, Les Métamorphoses, Livre XV, vers 165 |
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UNE RAISON D’ESPÉRER Dans mon travail à la bibliothèque, j’ai découvert un immense papillon de nuit, conservé entre les pages d’un magazine des années 1920. Je n’ai eu besoin de cliquer sur aucun lien pour voyager dans le passé: il était là, entre mes mains, se réduisant peu à peu en poussière tout en conservant sa forme. J’aime penser l’espoir de cette manière: comme un assemblage de circonstances – le bon moment, la familiarité, le désir.  |
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UN FILM QUE JE RECOMMANDE Parmi mes films préférés figure Où est la maison de mon ami? (1987), du cinéaste iranien Abbas Kiarostami. Avec une grande simplicité et des acteurs non professionnels, le film raconte l’histoire d’un écolier qui emporte par erreur le cahier d’un camarade de classe. Sachant que son ami ne pourra pas faire ses devoirs sans ce cahier et risque d’être puni à l’école, il se met en tête de le lui rapporter. Ses recherches, longues et semées d’obstacles, révèlent discrètement l’indifférence du monde des adultes et le fossé qui sépare les enfants des grandes personnes. Le film montre avec une infinie délicatesse la beauté de l’attention portée aux autres et le sens profond de la responsabilité qui anime cet enfant, au sein d’un environnement social souvent peu réceptif à ses préoccupations. Lorsque je l’ai découvert, j’ai ressenti un lien profond avec cette histoire, comme si elle provenait d’un monde qui m’était familier. |
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L’Été avec KometaCet été, la rédaction de Kometa et plusieurs de nos auteurs vous partageront leurs recommandations, leurs recettes, leurs itinéraires, leurs découvertes et leurs coups de cœur. Venez danser, cuisiner, lire avec Kometa ! Du Japon à l’Arménie, de Taïwan à la Pologne, des scènes musicales de Tbilissi aux cuisines du Moyen-Orient, il sera question de cultures, de paysages, de saveurs, de livres, de photographies et de récits. Parce qu'il y a mille façons de découvrir un pays. Par sa musique, sa cuisine, sa littérature et ses artistes. Tout l'été, Kometa vous racontera les histoires de celles et ceux qui l'habitent.  Série “Présentateurs télé” (ici sur une plage de Cannes) du photographe slovaque Martin Kollar. — © Martin Kollar |
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