Chaque semaine, La Comète prend une nouvelle direction et explore les zones sensibles de notre époque. Aujourd’hui, l’artiste et programmateur musical Djubaka revient sur l’histoire méconnue des zazous durant l’occupation nazie, “premier grand mouvement de la résistance par la musique en France”.

Au Saint-Yves, rue de l’Université, dans le quartier parisien de Saint-Germain-des-prés, on dansait des be-bops enflammés, comme en témoigne cette photo de Robert Doisneau prise en 1948. — © Robert Doisneau

Bonjour, c’est Djubaka

Je suis programmateur musical à France Inter. On me retrouve comme chroniqueur des subcultures, terrain vague où j’aime m’égarer. Mais aussi comme collagiste impénitent sous le nom de Mr Djub à la Galerie des Yeux Fertiles, à Paris. Je joue de la scie musicale; et la préparation d’une conférence sur le Jazz français sous l’occupation est en bonne place sur mon burlingue…

Djubaka

Chroniqueur et programmateur musical

Les zazous font de la résistance

“Chanter ou se taire”: voilà un titre qui aurait parlé aux zazous, ces jeunes Français fans de jazz qui utilisaient la danse et l’excentricité vestimentaire pour refuser l’ordre nazi sous l’occupation. Une histoire longtemps considérée comme pittoresque. À tort, comme je l’explique dans le nouveau Kometa.

Ma passion pour ces drôles de zazous – le nom vient d’une chanson de l’immense Cab Calloway – vient du fait qu’ils sont le premier grand mouvement de résistance par la musique en France, comme en témoignent des disques, des archives, des caricatures, des témoignages. Ce sujet se trouve sur ma route depuis quarante ans, je mixe sur gramophone des disques 78-tours de cette époque. Face aux montées du totalitarisme politique et religieux, ce n’est pas un simple écho du passé.

Sur ce wagon d’un contingent de volontaires pour l’unité de la Waffen SS française, des graffitis hostiles aux juifs, aux Anglais et aux zazous. Paris, gare de l’Est, septembre 1943. — © LAPI / Roger-Viollet


La force de la musique comme espace de résistance revient sans cesse dans les mouvements musicaux. Quand tu regardes la soul, tu tombes sur les droits civiques. Le rock psychédélique, tu arrives à la guerre du Vietnam. Le punk raconte l’Angleterre d’avant Thatcher. La techno et les free-parties parlent du droit de danser, du rapport à l’espace public, du contrôle social.

Ma playlist

Pour cette newsletter, je vous ai concocté une playlist zazou – mon petit hit-parade à moi, non exhaustif:

  • Charles Trenet, “La Poule Zazou et Swing troubadour”
  • Josette Daydé, “Grand'père N'aime Pas Le Swing”
  • Johnny Hess, “Ils Sont Zazous”
  • Django Reinhard, “Swing 41” et “Nuages”
  • Jacques Pills, “Elle était Swing”
  • Andrex, “Y'a des zazous”
  • Georgius, “Mon heure de swing”
  • Alix Combelle et son orchestre, “Ça s'fait pas”
  • Johnny Hess, “Je suis swing”

A écouter sans modération ici ! 🎧

L'actu que j’ai retenue

Les révoltes lycéennes bien sûr, ces jeunes gens sont notre espoir. Bravo pour “Bismillah c’est les ténèbres”,  mais aussi “Bouffe ma chatte, pas mon avenir”, sans oublier “Seuls les ordures pleurent les poubelles”. les meilleurs slogans depuis bien des années.

Une raison d'espérer

La Gen Z!

Le disque que je recommande

Ellroy vs L.A. de Calibro 35, chez Record Kicks. 

Record Kicks est un petit label indépendant italien qui sait fouiner là où il faut. Calibro 35 est leur groupe le plus connu. Ces milanais fabriquent des  musiques de films  ( imaginaire ou de commande)  depuis presque 20 ans. Ce dernier opus tourne autour de l'univers de James Ellroy et a été créée pour la bandes son du documentaire "Ellroy us L.A"

Une chanson qui compte (pour moi)

Karen Dalton, “Litlle Bit of Rain”. Une chanson aimée et partagée de façon familiale, qui revient quand on a besoin de rêver.

Bon plan sur La Comète

Jusqu’au 31 janvier 2027, Mr. Djub alias Djubaka expose ses collages au Val Fleury de Gif-sur-Yvette (Essonne) dans l’exposition “HEY! Fabuleux familier” ou quand l’art surgit des formes les plus inattendues. L’artiste y présentera pour la première fois ses grands formats. 

Il précise son rapport à cet art particulier: “J’ai réalisé mon premier collage en 1983. J’avais 14 ans, j’étais punk, je faisais des fanzines. En France, l’héritage punk et situationniste était déjà bien ancré. Le collage était donc une pratique naturelle, mais dans une application surtout politique, dans l’idée du slogan. 

Le collage a une histoire fascinante. Certains remontent à Charles Dufresny au XVIIIe siècle. Pour ma part, je suis émotionnellement relié aux dadaïstes Raoul Hausmann, Hannah Höch ou John Heartfield ainsi qu’aux surréalistes bien sûr et particulièrement avec Max Ernst – c’est à cette période précise que je suis le plus attaché. Je ne travaille que sur des journaux parus entre 1840 et 1880 pour des raisons de cohérence. 

Un des avantages du collage, c’est justement son manque de repère. En ce sens, aucun dogme n’enferme sa pratique, il n’a donc pas d’école définie, et j’adore cela, moi qui revendique mon état d’autodidacte ayant été éjecté de l’Éducation nationale à 16 ans. Ernst disait : «Si ce sont les plumes qui font le plumage, ce n’est pas la colle qui fait le collage.» En art, rien ne peut se résumer à une technique.”

Le site de Mr Djub: https://www.mrdjubcollage.com/

“L’Éléphant trompe toujours deux fois” (collage, découpe manuelle, papier presse du XIXe siècle, 25,5 x 36 cm) — © Mr. Djub

Attention, Kometa monte le son! Dans notre nouveau numéro, les zazous ne manquent pas de compagnie en matière de résistance musicale: le chantre de la protest song himself, Bob Dylan, vient à la rescousse d’un boxeur noir condamné pour un triple meurtre; des jeunes Iraniens défient le pouvoir des mollahs en reprenant “Happy” de Pharell Williams; ou les free parties se donnent à voir comme espace de liberté menacé.

L'Agenda de Kometa

24 octobre, au Caire : “Raconter la Palestine : faire récit, faire mémoire”

Dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, la rédactrice en chef et cofondatrice de Kometa Léna Mauger rencontre à l’Institut français du Caire l’auteur franco-palestino-libanais Jadd Hilal dont le quatrième et dernier livre est paru cette année chez Elyzad, Ici commence la terre. “Une conversation pour explorer les multiples façons de faire récit d’un territoire, de ses histoires et de ses imaginaires, au-delà des représentations convenues.”

Plus d’infos ici.

ÊTRE À L'EST - RCS Paris : 948 094 610 - Capital Social : 313 092 euros - Directrice de la publication : Léna Mauger.

8 rue Saint Marc, 75002 Paris

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