Chaque semaine, La Comète prend une nouvelle direction et explore les zones sensibles de notre époque. Cette fois, l’écrivain Karim Kattan revient sur son rapport à la Palestine, entre mémoire, littérature et contradictions, à l’occasion de notre nouveau numéro Si la Palestine était le centre du monde dont il est le parrain.

Juin 2013. Des lycéennes photographiées par Tanya Habjouqa profitent d’une sortie scolaire en Méditerranée au large de Gaza. Court instant de liberté. © Tanya Habjouqa

Bonjour c’est Karim Kattan,

Je suis écrivain. Je suis né à Jérusalem en 1989 et j’ai grandi à Bethléem. J’écris en français (notamment mes livres) et en anglais (divers articles dans des revues comme The Paris Review, The Baffler, The Dial…). Tous mes romans sont publiés chez l’éditeur tunisien Elyzad : Le Palais des deux collines, en 2021, et L’Éden à l’aube, en 2024 ; en septembre paraîtra mon troisième roman, Septentrionale. J’ai aussi publié un recueil de poèmes, Hortus Conclusus, chez L’Extrême Contemporain, en 2025. 

Karim Kattan

Écrivain

Le mot du parrain

J’ai eu le plaisir d’être le parrain de ce numéro Palestine, pour lequel j’ai signé trois textes : un édito, un dictionnaire amoureux de la Palestine, à rebours de certains clichés, et enfin une partie d’un guide de voyage dans ce qu’on appelle “les Territoires”.

“Ne me racontez pas mon pays”

C’est le titre de mon édito. Une phrase qui appartient à celle qui fut la voix et le visage de la Palestine en francophonie, Leïla Shahid. Je rêvais d’un grand entretien avec elle dans ce numéro pour revenir sur son extraordinaire carrière et donner à entendre sa verve, sa sagesse, son humour, son sens du combat. Hélas, il en a été autrement : le 18 février 2026, Leïla Shahid s’est suicidée. Elle a choisi de partir après avoir rêvé, imaginé, raconté son pays pendant des décennies.

L’initiative de Kometa de considérer la Palestine comme le centre du monde est audacieusement optimiste. On tend à réduire la Palestine d’abord à elle-même, puis à sa région, et enfin, soit au monde arabe, soit au monde musulman, des réalités dont elle fait indubitablement partie mais qui ne sauraient la limiter. Car elle est un grand carrefour de la planète. Jérusalem est de longue date une ville-monde tant elle a été convoitée et occupée. Elle a concentré les espoirs et les imaginaires de croyants, de rêveurs, de marchands, de poètes et de conquérants. Le monde se rencontre et bataille à Jérusalem et en Palestine. 

À l’heure où Gaza est encore assiégée, bombardée, où le génocide continue ; à l’heure où la Cisjordanie vit sous la terreur des soldats et des colons, il est plus nécessaire que jamais de replacer la Palestine dans la vie.

La Palestine n’est pas… 

Le monde se rencontre en Palestine, mais il faut aussi savoir décaler le regard et bousculer ses certitudes, savoir aborder un pays par la négative pour en chasser les clichés. 

Dans cet exercice singulier et parfois hautement paradoxal, j’essaie de dire en quoi la Palestine n’est pas que la Terre sainte, même si elle l’est un peu. La Palestine n’est pas qu’une seule religion et pas uniquement monothéiste, car si elle est paraît-il le berceau des monothéismes, il reste aussi la trace de pratiques anciennes, de croyances païennes, qui continuent de hanter les noms et les paysages, comme les djinns hantent les puits et les fantômes des bonnes sœurs errent dans les ruelles des vieilles villes.

C’est l’un des quelques paradoxes que j’explore dans cet article sur ce que je pourrais appeler “mes Palestine compliquées”.


Bienvenue dans les Territoires de l’archipel palestinien

Pour ce guide de voyage très particulier qui entend vous faire découvrir ce qu’on appelle l’État de Palestine, je vous propose un voyage dans ce pays plus ou moins connu ou reconnu avec l’aide d’autres écrivains palestiniens, Yasmine Haj, Mahmoud Muna et Rami Abou Jamous, aidés par les magnifiques illustrations de la dessinatrice libanaise Zeina Abirached. 

L’idée est simple: l’année prochaine, vous allez en Palestine ! On vous donne alors quelques conseils sur la meilleure période pour s’y rendre, sur la langue à utiliser, les hébergements, la nourriture ou la manière de se déplacer… Pour ma part, je me propose de vous faire découvrir la Cisjordanie en dix étapes, de Jéricho à Birzeit, en passant par Bethléem, Hébron, le monastère de Crémisan ou encore Naplouse. 

Embarquez à bord de la Comète Palestine et suivez le(s) guide(s) !


© Zeina Abirached

Une figure historique qui m’a marqué

En ce moment, je parcours avec beaucoup de joie la monographie Karimeh Abbud, Images de Palestine, qui retrace le travail de cette photographe, l’une des premières en Palestine et au Moyen-Orient. Je dirais donc: Karimeh, pionnière extraordinaire et ses images des Palestiniens vus par eux-mêmes ! D’ailleurs, on retrouvera dans le numéro, dans la continuité de Karimeh, le travail de Kegham Djeghalian Jr qui a préservé méticuleusement le travail de son grand-père photographe à Gaza. 

Une raison d’espérer

Je me suis creusé la tête, mais je n’en vois pas vraiment. En revanche, j’ai adoré apprendre dans cet article qu’un historien montre comment, en Irlande du Nord, du XIXe siècle au début du XXe siècle, les hommes gays bénéficiaient souvent d’une tolérance discrète et d’un certain « laisser vivre ». Cette relative acceptation a ensuite été remplacée par une panique morale et une forte répression de l’homosexualité sous l’influence des autorités religieuses et politiques.

C’est peut-être une raison d’espérer : les choses ne sont jamais exactement comme on le pense, et le monde est toujours surprenant, il y a toujours des failles, toujours de l’espoir.

Le livre que je recommande

L’Appartement rue de Passy de Raji Bathish, qui vient de paraître en français aux éditions Milgrana. Un roman palestinien qui met en scène deux hommes gays à Paris, des antihéros entre appartements du XVIe arrondissement et backrooms, délicieusement irrévérencieux, sombre et drôle.

Une phrase qui m’inspire

Je suis rarement inspiré par des phrases isolées, plutôt par des paragraphes ou des livres entiers. Mais ce qui m’inspire en ce moment est l’album Laughter in Summer de Beverly Glenn-Copeland : un enchantement d’amour, de souvenirs et de foyer, qui résiste avec tendresse à la maladie et à l’oubli. Parce que la tendresse est parfois une résistance.

Un lieu (un peu palestinien) qui me tient à cœur

Je pense à Kobe, au Japon, ville où ont vécu mes grands-parents dans les années 1930, ainsi que de nombreux autres Palestiniens, Libanais et Syriens marchands de textile. La ville conserve encore aujourd’hui la trace étonnante de cette présence levantine ; on y trouve même la plus vieille synagogue et la plus vieille mosquée du Japon. 

Bon plan sur La Comète !

🎨 Sahab Festival

Compagnie Shonen, Éric Minh Cuong Castaing © Chia Huang


Les 5 et 6 juin 2026, la Gaîté Lyrique accueille le Sahab Festival, un rendez-vous consacré à la scène artistique palestinienne contemporaine. Pendant deux jours, artistes, chercheur·euses et publics se retrouveront autour d’une programmation mêlant performances, concerts, arts visuels, projections, conférences, ateliers participatifs et expériences immersives.

Porté par le collectif Hawaf dans le cadre de la Saison Méditerranée 2026, Sahab cherche à imaginer de nouvelles façons de préserver et partager les mémoires culturelles palestiniennes, malgré les frontières, l’exil et la fragmentation. Pensé comme une plateforme artistique et de recherche, le projet soutient la création contemporaine palestinienne à travers des résidences, des workshops et des programmes de recherche.

Le festival est organisé en partenariat avec plusieurs structures, dont MAAN for Gaza Artists, un collectif fondé en 2023 pour soutenir les artistes gazaouis touchés par la guerre. À travers des résidences artistiques, des levées de fonds et un accompagnement administratif et logistique, MAAN travaille à préserver des trajectoires, des œuvres et une mémoire culturelle aujourd’hui menacée de disparition.

🗓️ Les 5 et 6 juin 2026
📍Gaîté Lyrique, Paris
🎟️ Gratuit et en accès libre

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