J’ai eu le plaisir d’être le parrain de ce numéro Palestine, pour lequel j’ai signé trois textes : un édito, un dictionnaire amoureux de la Palestine, à rebours de certains clichés, et enfin une partie d’un guide de voyage dans ce qu’on appelle “les Territoires”.
“Ne me racontez pas mon pays”
C’est le titre de mon édito. Une phrase qui appartient à celle qui fut la voix et le visage de la Palestine en francophonie, Leïla Shahid. Je rêvais d’un grand entretien avec elle dans ce numéro pour revenir sur son extraordinaire carrière et donner à entendre sa verve, sa sagesse, son humour, son sens du combat. Hélas, il en a été autrement : le 18 février 2026, Leïla Shahid s’est suicidée. Elle a choisi de partir après avoir rêvé, imaginé, raconté son pays pendant des décennies.
L’initiative de Kometa de considérer la Palestine comme le centre du monde est audacieusement optimiste. On tend à réduire la Palestine d’abord à elle-même, puis à sa région, et enfin, soit au monde arabe, soit au monde musulman, des réalités dont elle fait indubitablement partie mais qui ne sauraient la limiter. Car elle est un grand carrefour de la planète. Jérusalem est de longue date une ville-monde tant elle a été convoitée et occupée. Elle a concentré les espoirs et les imaginaires de croyants, de rêveurs, de marchands, de poètes et de conquérants. Le monde se rencontre et bataille à Jérusalem et en Palestine.
À l’heure où Gaza est encore assiégée, bombardée, où le génocide continue ; à l’heure où la Cisjordanie vit sous la terreur des soldats et des colons, il est plus nécessaire que jamais de replacer la Palestine dans la vie.

La Palestine n’est pas…
Le monde se rencontre en Palestine, mais il faut aussi savoir décaler le regard et bousculer ses certitudes, savoir aborder un pays par la négative pour en chasser les clichés.
Dans cet exercice singulier et parfois hautement paradoxal, j’essaie de dire en quoi la Palestine n’est pas que la Terre sainte, même si elle l’est un peu. La Palestine n’est pas qu’une seule religion et pas uniquement monothéiste, car si elle est paraît-il le berceau des monothéismes, il reste aussi la trace de pratiques anciennes, de croyances païennes, qui continuent de hanter les noms et les paysages, comme les djinns hantent les puits et les fantômes des bonnes sœurs errent dans les ruelles des vieilles villes.
C’est l’un des quelques paradoxes que j’explore dans cet article sur ce que je pourrais appeler “mes Palestine compliquées”.
Bienvenue dans les Territoires de l’archipel palestinien
Pour ce guide de voyage très particulier qui entend vous faire découvrir ce qu’on appelle l’État de Palestine, je vous propose un voyage dans ce pays plus ou moins connu ou reconnu avec l’aide d’autres écrivains palestiniens, Yasmine Haj, Mahmoud Muna et Rami Abou Jamous, aidés par les magnifiques illustrations de la dessinatrice libanaise Zeina Abirached.
L’idée est simple: l’année prochaine, vous allez en Palestine ! On vous donne alors quelques conseils sur la meilleure période pour s’y rendre, sur la langue à utiliser, les hébergements, la nourriture ou la manière de se déplacer… Pour ma part, je me propose de vous faire découvrir la Cisjordanie en dix étapes, de Jéricho à Birzeit, en passant par Bethléem, Hébron, le monastère de Crémisan ou encore Naplouse.
Embarquez à bord de la Comète Palestine et suivez le(s) guide(s) !

— © Zeina Abirached