Chaque semaine, La Comète prend une nouvelle direction et explore une zone sensible de l’époque. En vous présentant le programme Kometa Fellows la semaine dernière, nous vous avons emmené sur un champ de bataille: celui des récits. Aujourd’hui, nous vous dévoilons ses plumes aiguisées: les lauréats et leurs projets.

"Chaîne de lumière" formée par des manifestants le 10 août 2020, peu avant l'intervention des forces de l'ordre, l'une des plus violentes répressions que connaîtra Minsk. — © Jȩdrzej Nowicki

Lire Kometa, c’est aussi agir

L’ambitieux programme Kometa Fellows que nous lançons permet de financer le travail d'autrices et d'auteurs - journalistes, écrivains, chercheurs et photographes - qui documentent le réel dans des contextes de guerre, de censure ou de répression. Les six lauréats recevront chacun un soutien de 10 000 €.

Voici les projets retenus par le jury pour leur puissance, leur incarnation, leur nécessité. Parce que leurs histoires sont avant tout les leurs, nous leur laissons la parole.

NOS COMPAGNONS ET LEURS PROJETS

IA — Qui parle arabe ?

Khalid Bencherif
Je suis journaliste indépendant marocain, basé à Berlin. En 2022, j’ai reçu le prix Michael Elliott pour l’excellence dans le reportage sur l’Afrique, décerné par le Centre international des journalistes.

Mon projet part d’une expérience personnelle : j’ai moi-même travaillé comme correcteur en langue arabe pour DeepL entre 2024 et 2025. J’ai ainsi été aux premières loges pour observer les mécanismes de production et de circulation de la langue arabe par l’intelligence artificielle. Je veux enquêter sur la manière dont ces outils peuvent devenir des armes dans les guerres narratives, notamment dans les conflits qui traversent le monde arabe.

Ukraine — Après la parole

Alina Sarnatska

Je suis écrivaine et dramaturge ukrainienne, autrice de deux livres, membre de PEN Ukraine et titulaire d’un doctorat en travail social. J’ai également servi comme infirmière de combat au sein des forces armées ukrainiennes et fondé Teplonosiї, un réseau de prise en charge des blessés. 

J’enquête sur les stratégies de désinformation qui cherchent à discréditer les survivants de violences sexuelles liées à la guerre en Ukraine, notamment les hommes, dont les récits restent particulièrement marginalisés. Comment la parole des survivants est contestée, manipulée ou effacée, et ce que cela produit sur celles et ceux qui ont déjà vécu la violence.

Si vous aimez les récits de l'intérieur et souhaitez soutenir celles et ceux qui les écrivent , vous pouvez recevoir Kometa chez vous quatre fois par an.

Biélorussie — Celles qui refusent de disparaître

Iryna Sidorskaya & Dzmitry Nikanovich

Nous sommes deux chercheurs, auteurs et enseignants biélorusses, aujourd’hui en exil en Pologne. Iryna Sidorskaya, chercheuse spécialisée dans les médias et les questions de genre a quitté l’université après avoir soutenu des étudiants lors des manifestations de 2020. Je ne pouvais accepter que l’injustice et la répression deviennent normales. J’ai ensuite été contrainte de quitter la Biélorussie et de poursuivre mon travail en exil. Aujourd’hui, je mêle recherche et journalisme et j’écris des chroniques et des essais sur le pouvoir, la propagande et les normes de genre. Dzmitry Nikanovich, chercheur en médias, auteur et enseignant a participé aux manifestations pacifiques de 2020 contre la fraude électorale et rejoint un appel d’enseignants universitaires contre la violence d’État. Les pressions politiques et les menaces m’ont finalement contraint à quitter l’université et la Biélorussie. La prose documentaire de Svetlana Alexievitch m’accompagne particulièrement dans mon travail.

Pour Kometa, nous voulons raconter l’histoire de quatre femmes biélorusses de plus de cinquante ans, exilées en Pologne après les répressions politiques de 2020. Nous voulons comprendre comment elles font face à la propagande et aux campagnes qui cherchent à les discréditer, et ce que l’exil, à cet âge de la vie, fait à une existence. À travers leurs histoires, nous voulons raconter une autre facette de la répression biélorusse : celle qui continue à distance, jusque dans la vie intime.

Kurdistan — Les femmes qui gardent la mémoire

Raz Xaidan

Je m’appelle Raz Xaidan. Je suis une artiste multidisciplinaire et archiviste kurde. Après voir passé près d’une décennie au Kurdistan du Sud, ma pratique s’est nourrie des archives kurdes, des histoires de résistance, de résilience culturelle et des récits matriarcaux. En 2021, j’ai fondé The Jiyan Archives, la première archive exclusivement consacrée à la documentation, à la préservation et à la mise en valeur des histoires, photographies et collections personnelles de femmes kurdes apatrides, à travers le Kurdistan et la diaspora.

Je veux poursuivre ce travail à travers les archives domestiques et les expériences de femmes kurdes ; explorer la mémoire comme un espace de résistance, de soin et de survie, face aux tentatives d’effacement de leur histoire. En collectant, numérisant et faisant vivre ces traces, je souhaite contribuer à construire une mémoire inclusive et intergénérationnelle de la vie des femmes kurdes.

Yémen — La rose du désert

Nadia Beard

Journaliste, autrice et pianiste, j’écris sur la culture et la politique, et mes reportages et essais sont notamment publiés dans le Financial Times, The New Yorker, National Geographic et le Times Literary Supplement. Je suis directrice de programmation du ZEG Storytelling Festival et rédactrice en chef chez Coda Story. Mon premier livre, The Melody of Things, est paru au Royaume-Uni chez Faber et paraîtra aux États-Unis chez W. W. Norton en 2027.

Avec La rose du désert, je veux retracer le parcours migratoire de mon père entre le Yémen, Djeddah et Londres, en le mettant en regard de celui d’une plante : l’Adenium obesum, ou rose du désert, originaire du Yémen et transportée vers Londres via Djeddah. Deux trajectoires, humaine et végétale, qui racontent à leur manière les bascules du monde. 


Vous retrouverez bientôt leurs récits dans Kometa.

Encore bravo à nos six Fellows !

AGENDA KOMETA

• Samedi 10 octobre : notre directrice photo au FLASH Festival pour des lectures de portfolios

Le FLASH Festival, partenaire de Kometa, organise des lectures de portfolios ce samedi 10 octobre. Temps de rencontre entre photographes et professionnels de l’image, c’est l’occasion de bénéficier de regards critiques et constructifs sur son travail, d’échanger autour de sa démarche et de créer de nouvelles opportunités de diffusion.

Retrouvez-y Caroline Berton, directrice de la photographie chez Kometa et fondatrice de l’Agence qui porte son nom, spécialisée en portrait, reportage et nature morte, dont les missions s’articulent autour de la réalisation de projets visuels sensibles et humanistes. Forte de plus de 25 ans d’expérience dans le secteur de l’image et d’une expertise en propriété intellectuelle, elle en a passé vingt chez Condé Nast, où elle a accompagné des institutions culturelles, des maisons de luxe et des éditeurs dans la réalisation de leurs projets photographiques. Elle est également membre du bureau de l’association Les Filles de la photo depuis 3 ans.

Les rencontres sont gratuites, mais limitées à 2 rendez-vous par photographe, alors prenez votre place !

Le 10 octobre, de 16h30 à 18 heures, à Fontenay-sous-Bois (94). Toutes les informations pratiques ici. 


• Dédoublez-vous lundi 12 octobre car Kometa vous propose non pas un mais deux rendez-vous! 

À 19 heures, la rédactrice en chef Léna Mauger sera à la BPI pour une rencontre avec Louis Vendel, fondateur de Lettre Zola. Cette discussion, organisée dans le cadre du Festival de littérature contemporaine Rendez-vous d’Effractions, et animée par Lauren Malka, éclairera le travail spécifique de l'écriture du réel. Avec Christophe Boltanski et Kalindi Ramphul. Toutes les infos pratiques ici.

À 20 heures, à l’occasion de l’avant-première parisienne du documentaire Qui vit encore, de Nicolas Wadimoff, à l’Espace Saint Michel (Paris 5e), rencontrez Haydée Sabéran, rédactrice en chef adjointe de Kometa. Elle animera un temps d’échanges, et de témoignages, de réfugiés palestiniens en exil. 


• Du 12 au 18 octobre, Kometa est partenaire de la 25e édition du Grand Bivouac.

À Albertville, en Savoie, profitez d’une sélection internationale de films documentaires de création. 

Au programme : 

Samedi: sur le salon du livre, rencontre entre la rédactrice en chef de Kometa Léna Mauger et le journaliste Pierre Haski sur le thème “Comment ne pas devenir fou?”

Dimanche: Projection du film documentaire Birds of War de Janay Boulos et Abd Alkader Habak. Le documentaire retrace, à travers treize années d'archives personnelles, l'histoire d'une journaliste libanaise et d'un caméraman syrien qui se rencontrent au cœur de la guerre en Syrie. Entre récit amoureux, images de guerre et expérience de l'exil, il interroge la manière dont les témoins racontent un conflit lorsqu'ils en sont eux-mêmes les acteurs.

À l'issue de la projection est prévu un échange entre Léna Mauger et l’écrivain franco-libanais Sabyl Ghoussoub : “Raconter depuis l'intérieur” – Liban, Syrie, exil: quand l'intime devient témoignage. Explorer les liens entre récit, photographie, géopolitique et mémoire des conflits. 

L’équipe de Kometa sera également présente au stand librairie, du vendredi 16/10 au dimanche 18/10.

Plus d’informations ici.



8 rue Saint Marc, 75002 Paris

Vous souhaitez nous contacter,
contact@kometarevue.com.

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