Chaque semaine, La Comète prend une nouvelle direction et explore les zones sensibles de notre époque. Cette fois, la journaliste et scénariste Andrea Chalupa revient sur son enfance d'exilée ukrainienne aux États-Unis et sur les grandes figures qui ont construit son rapport à l'histoire et au courage, tel ce grand-père maternel qui a survécu à la grande famine fomentée par Staline, à l'heure où un nouvel ogre russe tente de nouveau d'anéantir son pays d'origine.

Distribution de nourriture par des bénévoles du groupe de pop ukrainien Antytila, sur la route de Kostyantynivka (région de Donetsk). En partant de Kyiv, ils livrent aussi des générateurs et des radios cryptées, le long d’une route de plus de 1 500 km. © Felicity Spector

Bonjour, c’est Andrea Chalupa

Je vous écris depuis Brooklyn, à New York. Je suis scénariste et productrice du film L’Ombre de Staline (Mr. Jones en V.O.), réalisé par Agnieszka Holland. J’ai également écrit les romans graphiques In the Shadow of Stalin: The Story of Mr. Jones, Dictatorship: It’s Easier Than You Think ! (une comédie noire) et mon dernier ouvrage, Mrs. Orwell. J’anime le podcast politique Gaslit Nation, qui traite de la corruption aux États-Unis et de la montée de l’autocratie dans le monde – et des moyens d’y mettre un terme. 

J’adore me dénicher des mentors à travers l’histoire, tout apprendre sur eux, puis m’accrocher à leur main pour qu’ils me guident et m’aident à surmonter la stupidité et les menaces auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui. Parmi ces mentors: Eileen O’Shaughnessy Blair, la poétesse anglo-irlandaise, épouse et muse de George Orwell ; Dorothy Thompson, la journaliste qui a gagné la guerre contre les nazis aux États-Unis, et l’épouse de Sinclair Lewis qui a écrit It Can’t Happen Here (Impossible ici) en s’inspirant de ses avertissements ; sans oublier mon “boyfriend” Albert Camus ! 


Andrea Chalupa

Journaliste, autrice et cinéaste

Une question de courage

Mon article dans Kometa parle de Gareth Jones – le Mr. Jones de mon film. C’est un journaliste indépendant gallois qui a risqué sa vie et sa carrière pour dénoncer le génocide perpétré par Staline en Ukraine en 1933 – j’ai écrit cet article sur lui afin que lui aussi puisse devenir l’un de vos mentors historiques comme il l’est pour moi.

Gareth Jones au Trinity College, où il était étudiant à la fin des années 1920. Aujourd’hui, ses journaux intimes y sont exposés pour la première fois. © AP Photos


Mon grand-père, ce héros

En ce moment même, aux États-Unis, nous sommes assiégés par un criminel condamné, un prédateur sexuel et un agent russe, qui tient notre gouvernement en otage et qui ne partira probablement pas sans recourir à davantage de violence. C’est d’autant plus inquiétant qu’il bloque l’aide dont l’Ukraine a tant besoin, pays où j’ai de la famille et des amis. J’ai donc canalisé mon chagrin et ma rage dans mon article pour parler aussi de mon grand-père bien-aimé qui m’a transmis le magnifique esprit de défiance et de défense ukrainien, et exprimer ma gratitude envers ceux qui, en Occident, font preuve de courage moral, comme Gareth Jones.


East Village

Ayant grandi dans une petite ville agricole du nord de la Californie, il n’y avait qu’une poignée d’Ukrainiens. Nous étions tous apparentés, originaires du “vieux pays” de l’East Village à Manhattan, New York, où ma famille avait émigré après la Seconde Guerre mondiale. 

Mes parents se sont rencontrés à l’Ukrainian National Home, juste à côté du célèbre restaurant ukrainien ouvert 24 heures sur 24, Veselka – ces deux établissements existent encore aujourd’hui, n’oubliez pas d’y faire un tour la prochaine fois que vous serez à New York !


Holodomor

Quand j’étais petite et que je disais aux gens que ma famille était ukrainienne, ils pensaient souvent que j’étais russe. Cela me semblait particulièrement étrange, compte tenu des histoires que j’avais entendues sur ma famille qui avait échappé de justesse à la terreur russe en Union soviétique. 

Moscou a envoyé des agents et des soldats pour confisquer le blé de l’Ukraine, a fermé les frontières et a délibérément affamé des millions de personnes, pour la plupart des Ukrainiens. Selon des estimations prudentes, le bilan s’élève à 4 millions de morts. La presse occidentale a poliment qualifié cela de « politique de famine » de Moscou.

Aujourd’hui, Moscou poursuit cette « politique de famine », et mon article pour Kometa rend hommage aux héros, d’hier et d’aujourd’hui, qui s’efforcent d’y mettre un terme.

Collecte de pain à Lyman, dans l’oblast de Donetsk, une ville située tout près du front russe. Photo de Felicity Spector issue de son livre “Bread & War (2025)”. © Felicity Spector

Retrouvez l’intégralité du récit d’Andrea Chalupa, “Guerre et Pain” dans Kometa n° 12

L’actu que j’ai retenue 

Viktor Orbán a perdu les élections en Hongrie. 

Une raison d’espérer

Viktor Orbán a perdu les élections en Hongrie. 

Trump et Poutine sont les suivants.

Un livre que je recommande

Les éditions Rue de Sèvres vont publier cet été la traduction française de mon dernier roman graphique, Mrs. Orwell, illustré par l’artiste barcelonais Brahm Revel. Il s’agit d’un récit cinématographique retraçant les moments décisifs du mariage d’Eileen et d’Eric Blair (alias George Orwell. Eileen O’Shaughnessy Blair est l’une des héroïnes méconnues de la littérature. J’espère que davantage de gens découvriront son génie et son esprit rebelle, qui ont aidé Orwell à devenir l’artiste qu’il avait toujours rêvé d’être. Sans elle, il n’y aurait pas eu Hommage à la Catalogne, La Ferme des animaux ou 1984.



Une phrase qui m’inspire


“Garder espoir dans l’adversité n’est pas un simple romantisme naïf. Cela repose sur le fait que l’histoire de l’humanité n’est pas seulement une histoire de cruauté, mais aussi de compassion, de sacrifice, de courage, de bonté (...) L'avenir est une succession infinie de présents, et vivre dès maintenant comme nous pensons que les êtres humains devraient vivre, en défiant tout le mal qui nous entoure, est en soi une merveilleuse victoire.” 


Howard Zinn, article “The Optimism of Uncertainty”, publié en 2004

Un plat que j’adore 

Le “bortsch du Nouveau Monde”, une recette que m’a transmise mon grand-père (et que vous pouvez retrouver aussi dans mon article pour Kometa) : 

  • Remplissez une casserole aux trois quarts avec de l’eau.
  • Faites bouillir les os de viande (généralement du poulet découpé ou un mélange de poulet et de bœuf).
  • Ajoutez 425 g de betteraves, une carotte coupée en rondelles et un gros oignon jaune haché, et portez à ébullition.
  • Lorsque les betteraves ont blanchi, ajoutez deux pommes de terre coupées en morceaux et portez à ébullition.
  • Une fois les pommes de terre cuites, ajoutez un poivron vert haché et portez à ébullition, puis du chou finement coupé et portez à ébullition.
  • Ajoutez une grande et une petite boîte de sauce tomate et portez à ébullition. Laissez cuire plusieurs minutes.
  • Pendant la cuisson du bortsch, retirez régulièrement les résidus qui se forment à la surface.
  • Dans une petite poêle séparée, faites revenir une poignée de champignons émincés dans de l’huile et ajoutez-les au bortsch.
  • Portez à ébullition et éteignez le feu.
  • Assaisonnez le bortsch avec du sel, du poivre blanc, un filet de jus de citron frais ou de vinaigre de vin rouge.

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Un appel de l'Institut français de Gaza

Kometa, dont un numéro pays consacré à la Palestine sortira le 13 mai, relaie ici une information de l’institut français de Gaza, qui s’apprête à lancer un concours de poésie dans Gaza et recherche des autrices et auteurs pour figurer dans le jury. Par ailleurs, des rencontres entre autrices et auteurs francophones sont organisées avec les étudiants apprenants de français coincés à Gaza.

Si vous êtes intéressés pour faire partie d’un jury de concours de poésie, ou pour participer à une rencontre en visioconférence avec des apprenants de français de Gaza, vous pouvez contacter Alexandre Calvez, directeur de l’Institut français de Gaza à l’adresse suivante : alexandre.calvez@diplomatie.gouv.fr

8 rue Saint Marc, 75002 Paris

Vous souhaitez nous contacter,
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