Inutile de prendre l’avion: chaque numéro de Kometa a un goût d’ailleurs et ses récits sont bas carbone. Déplacer les points de vue est une autre façon de bouger, et le transport n’est jamais mieux assuré que dans nos numéros consacrés à un pays. 

Cap à l’Est, en Europe avec l’Arménie et la Pologne, mais aussi vers cet Orient “proche” ou “extrême”, de la Palestine au Japon, à travers quelques lieux dûment recommandés par les autrices et auteurs Kometa.

© Tanya Habjouqa

Explorez la Cisjordanie avec Karim Kattan

L’auteur du Palais des deux collines et de L’Éden à l’aube (Elyzad) est né à Bethléem et vous sert de guide sur cet îlot cisjordanien d’un archipel palestinien complexe et foisonnant. 

Illustration de Zeina Abirached


Bethléem

Prenez un verre au Wonder Cabinet, espace culturel d’exposition et de spectacles, en écoutant une émission musicale de Radio Alhara, qui émet depuis ce lieu, et observez, juste en face, la colonie israélienne de Har Homa dominant et menaçant Bethléem comme un vaisseau spatial. Puis dégustez un (vrai) falafel et du (vrai) houmous chez Afteem, dans la vieille ville et terminez votre soirée par un verre de vin chez Rewined, un bar réputé de la ville.

Monastère de Crémisan

Situé dans les environs de Bethléem, il est depuis des années menacé d’annexion par les Israéliens. Si vous ne vous faites pas harceler par les soldats qui patrouillent régulièrement, baladez-vous pour admirer les magnifiques terrasses et collines des vallées alentour, et repartez avec quelques bouteilles du vin produit par les moines.

Naplouse

Faites-y une balade gastronomique dans le marché: épices, omelettes palestiniennes chez 3aj3aj, arayes (pita farci à la viande) chez Malhamet Basha Al Masri, pickles de carottes, chou, concombre, choufleur et navets d’Al Amad… Dédale de ruelles, la vieille ville date de l’époque ottomane.


L’itinéraire en 10 étapes concocté par Karim Kattan en Cisjordanie est à retrouver dans notre numéro Palestine 


L’Arménie vue par…

Michel Petrossian, compositeur

Sur la place de la République, vers laquelle convergent tous les axes d’Erevan, un bâtiment abrite le Musée de l’histoire et le Musée des beaux-arts. Comme la découpe d’une strate géologique, ce lieu réunit tout ce qui caractérise l’Arménie et ce que j’aime: un musée qui retrace la présence plurimillénaire des civilisations qui se sont succédé sur le plateau historique arménien, matérialisées parfois par des objets humbles, comme la plus vieille chaussure en cuir du monde; un autre qui regroupe une sublime collection de peintures européennes, de Van Dyck à Francesco Guardi, un étage dédié à la peinture soviétique et russe (Chagall, Filonov) et un autre où sont regroupées les collections arméniennes, d’Aïvazovski à Sarian en passant par Sureniants dont la magnifique Salomé (1907) est presque contemporaine du plus sublime opéra de Richard Strauss.

Représentation de Salomé par Vardges Surenyants.


Taline Oundjian, journaliste

FemLibrary, la seule librairie féministe du pays aux murs couverts d’ouvrages anticapitalistes et anarchistes. Elle se cache dans un appartement au neuvième étage d’un immeuble brejnévien du centre d’Erevan, sans panneau, sans indice. Un refuge unique pour les femmes et personnes LGBT+ en Arménie pour dialoguer, penser, créer et lire.


Tigrane Yégavian, journaliste et chercheur

La ville de Meghri, à l’extrême sud du pays, le “Far South” arménien à la frontière iranienne. Une charmante oasis au milieu des montagnes désertiques où l’on cultive la grenade, les agrumes et plus récemment l’olive.


Retrouvez tous les récits de ces autrices et auteurs dans le Kometa Arménie 


La Pologne vue par…

Paweł Starzec, photographe, documentaliste et sociologue

Vous pouvez découvrir la Basse-Silésie avec ses millions de châteaux et ses montagnes. Notamment Sokołowsko, une petite ville près de Wałbrzych, où (avant Davos) un sanatorium a été inventé et où, aujourd’hui, des festivals de cinéma et de musique expérimentale ont lieu presque tout l’été. 

Wałbrzych aussi est intéressante: cette ville a connu la fin du monde absolue avec la fermeture des mines après quasiment cinq cents ans d’activité, et elle est aujourd’hui en pleine réinvention. Parmi les régions moins connues (et moins touristiques), je recommande les lacs de la région de Lubusz, en particulier Niesłysz, où j’ai passé la plupart de mes vacances quand j’étais enfant.

Château de Książ, près de Wałbrzych.


Kinga Wyrzykowska, romancière et traductrice

Tapez “Wrzenie Swiata (“Bouillonnement du monde”) sur votre GPS. Ça vous mène d’abord sur le Nowy Świat (avenue du Nouveau monde, version locale des Champs-Élysées) puis de là vous bifurquez par une entrée d’immeuble vers une de ces cours un peu sinistres dont la Pologne a le secret. Avancez bravement. Effluves de café et de cannelle et lumière chaleureuse guideront vos pas jusqu’à une porte. Ouvrez: vous voici dans le refuge de Mariusz Szczygieł, un café-librairie qu’il a fondé avec ses comparses de l’Institut du Reportage (des plumes éminentes comme Wojciech Tochman et Paweł Goźliński) pour y réunir tous les livres de reportage, passés et récents, qu’il voulait faire découvrir au public.


Mariusz Szczygieł, journaliste et écrivain

À 100 km au sud de Varsovie se trouve le Centre de sculpture polonaise à Orońsko, un complexe muséal et parc comprenant des galeries, des ateliers d’artistes et un vaste parc de sculptures contemporaines réparties autour d’un ancien palais. J’aime m’y rendre à n’importe quelle période de l’année.


Retrouvez tous les récits de ces autrices et auteurs dans le Kometa Pologne 


Tokyo vu par…

Patrick Honnoré, traducteur 

Un quartier que j’aime de plus en plus quand je retourne au Japon, c’est Kamata, dans l’arrondissement d’Ôta. Pas du tout touristique, encore très “Shôwa” (du nom de l’ère où régna l’empereur Hirohito, entre 1926 et 1989), avec ce mélange improbable de bouis-bouis dont on a envie de “lire” l’histoire devant une marmite de tripes et un saké chaud, et de kitsch années 1990 décoloré par le temps. En plus, c’est très près de l’aéroport de Haneda, donc pratique les derniers jours avant de repartir et garder une image de Tokyo qui me réchauffe pour plusieurs mois à Paris.


Tadashi Ono, photographe

Le quartier d’Okubo. C’était autrefois un quartier coréen, mais aujourd’hui c’est un lieu hétéroclite, avec toutes sortes de boutiques et de restaurants asiatiques. J’y déjeune toujours quand je suis à Tokyo.


Florent Dabadie, journaliste, romancier et producteur

La bibliothèque Haruki Murakami au sein de l’université de Waseda. Outre mon admiration pour l’auteur et son dernier livre La Cité aux murs incertains, j’adore le quartier de Waseda, me promener dans sa prestigieuse université ou dans les jardins de Chinzanso, écouter de la musique ou lire un livre dans la petite bibliothèque qui lui a été dédié de son vivant. Et le café, au rez-de-jardin, sert un très bon tiramisu.


→ Retrouvez tous les récits de ces auteurs dans le Kometa Japon 


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