Dans le cadre de la parution prochaine de son nouveau numéro, “Chanter ou se taire”, Kometa s’associe au Théâtre de la Villette pour présenter le spectacle d’Elina Kulikova et Dima Efremov, La Trilogie de la guerre, qui se jouera à partir du jeudi 24 septembre dans le cadre du Festival d’Automne. Un triptyque poétique et politique tout autant qu’un manifeste de résistance contre l’impérialisme russe imaginé par deux artistes en exil, où la musique joue un rôle crucial.  |
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Entretien avec la metteuse en scène, performeuse et écrivaine Elina Kulikova. “Nous faisons du théâtre musical qui parle de choses sérieuses” Propos recueillis par Clément Balta, chef d’édition de Kometa
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Pouvez-vous parler de votre parcours ? Je viens de Saint-Pétersbourg où j’ai fait des études de philosophie à l’Université des arts libéraux, une formation unique en Russie car en partenariat avec le Bard College de New York. En parallèle, j’ai commencé à faire du théâtre indépendant, c’est-à-dire non financé par le ministère de la Culture, du théâtre situé aux marges et notamment en voulant faire découvrir les écrits féministes et queer, absents du répertoire russe, tels que Blessure d’Oksana Vasyakina, qui a vraiment fait basculer la littérature contemporaine. On a joué ce spectacle en Russie alors que la guerre commençait, en février 2022… Déjà en 2021, l’atmosphère avait changé, il était très compliqué de travailler pour les artistes indépendants, surtout s’il y avait une dimension politique dans leur travail. |
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C’est la guerre qui a précipité votre départ de Russie? Je voulais partir quoi qu’il en soit mais je pensais avoir plus de temps devant moi. Puis très vite il y a eu des rumeurs de fermeture de frontières, et c’était la panique. J’ai fini par réussir à prendre un avion hors de prix pour Istanbul, de là j’ai gagné la Géorgie. Je suis resté quelques mois à Tbilissi, avant de recevoir un appel de l’Institut français en Russie, qui m’a annoncé que j’avais décroché une bourse du Collège de France avec une résidence aux Beaux-Arts d’Annecy. C’est là que j’ai appris le français. Je voulais aussi apprendre la mise en scène, et j’ai été prise à l’école de la Manufacture, à Lausanne, où je suis restée deux ans. J’ai ensuite vécu à Paris, mais là je suis de retour en Suisse car, depuis septembre, je suis artiste associée à la Comédie de Genève. |
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Parlez-nous justement de ce spectacle joué à La Villette, comment est-il né? J’ai d’abord monté une première pièce en 2023, Champ brûlé, avec mon binôme artistique Dima Efremov, un artiste et compositeur lui aussi exilé avec qui j’ai commencé à travailler en Russie il y a six ans. Une pièce créée en situation précaire, en une semaine grâce à une résidence au Luxembourg. C’est une œuvre très minimaliste, sans scénographie. En situation d’immigration forcée, il y a surtout la nécessité psychologique et émotionnelle de reprendre le travail, la volonté d’être capable de faire quelque chose qui parle de la catastrophe que représente cette guerre. Cette pièce pour nous c’était vraiment la nécessité de répondre à cette agression militaire. Évidemment, que peut le théâtre quand il y a tant de morts, la torture, la destruction? Je n’ai pas le fantasme de pouvoir changer les choses, mais au moins celui d’informer, de ne pas faire oublier un conflit qui s’enlise et dure depuis plus de quatre ans maintenant.
 Photographie tirée du spectacle "La trilogie de la guerre". A gauche Dima Efremov, à droite Elina Kulikova — (c) Gregory Batardon |
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Et finalement, c’est une trilogie que vous avez réalisée… Oui mais ce n’était pas prémédité, à l’époque, on ne pensait pas du tout à long terme, encore moins à des suites de Champ brûlé. La deuxième partie, Un endroit perdu, s’est faite grâce à une résidence en plateau proposée par le directeur du théâtre Nouvelle Génération à Lyon, en 2024. L’idée d’une trilogie a fini par s’imposer car il était impossible pour nous de ne pas continuer à parler de la guerre. Le dernier volet, Une Nuit Blanche, raconte l’expérience d’activiste politique de Dima, qui a fondé une organisation, Zhuk, pour aider les personnes persécutées politiquement à fuir la Russie. Grâce à elle, plus de 200 personnes avec leur famille ont déjà pu être évacuées. |
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La musique est omniprésente dans votre spectacle, quelle importance a-t-elle pour vous? Elle est au cœur de notre travail. Je définis toujours notre théâtre comme un théâtre musical, mais qui parle de choses sérieuses et dures, comme la guerre, les services secrets, la politique internationale… On ne traite pas la musique comme un élément décoratif ou pour manipuler les émotions du public. Elle ne sert pas à accompagner, mais à incarner. On agit avec toutes les œuvres qu’on interprète sur scène comme avec des objets anthropologiques.
Chanter ou se taire : c’est le thème du nouveau numéro de Kometa, composé comme une playlist géopolitique, qui franchit les frontières sans passeport, circule sous les radars, infiltre les régimes et survit aux censures. |
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C’est pourquoi chaque spectacle est dédié à un genre particulier ? Oui, Champ brûlé, c’est le répertoire classique russe, Tchaïkovski, Rachmaninov. Le deuxième opus, c’est la musique folklorique. Et le dernier, l’électro pop. À travers la musique de Tchaïkovski par exemple, on peut parler du théâtre de Marioupol détruit en 2022 et de l’orchestre de l’armée russe qui l’a joué en face des ruines une fois la ville occupée. C’est pour nous une façon de s’interroger sur la manière, souvent “romantisée” en Occident, dont on perçoit toute cette culture russe, sa “grande” musique comme sa “grande” littérature. La musique folklorique nous permet d’évoquer l’histoire russe qui pour moi est traversée par la violence de genre. Un endroit perdu est une pièce sombre dans laquelle la mort et la destruction sont abordées via leur ritualisation au sein du folklore national. En contraste, Une nuit blanche parle de la fête, celle de l’ivresse nocturne – je bois même sur scène – où on veut s’oublier, oublier le cauchemar en cours, et c’est aussi une réponse individuelle à l’oppression. Car Trilogie de la guerre parle de la résistance, avec une question centrale: qu’est-ce qu’une personne peut faire contre ces régimes autoritaires qui amorcent et poursuivent le carnage, en tirent profit. C’est une question intime, et la musique est pour nous le meilleur moyen de se confronter à toute la violence de ce qu’on raconte.
24 septembre La trilogie de la Guerre
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L'Agenda de KometaKometa à la Fête de l’Humanité  Les 11, 12 et 13 septembre, Kometa vous donne rendez-vous à la 91e édition de la Fête de l’Humanité! Pendant trois jours, venez rencontrer et échanger avec l’équipe, participer à nos animations et jeux-concours et, surtout, découvrir en avant-première notre tout nouveau numéro, Chanter ou se taire (qui ne sera en librairie que le 13 octobre). On vous attend nombreux! |
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Bon plan sur la ComèteLe Flash Photo Festival, du 18 septembre au 7 novembre à Fontenay-sous-Bois (94)  Ce festival est né d’une volonté de démarginaliser les territoires périphériques, en mettant en valeur, à travers la photographie, leur richesse et leur complexité. À travers trois expositions complémentaires: Trajectoire(s), Banlieue en fête! et Fragments d’une histoire collective, le Flash Photo Festival met en dialogue création contemporaine, participation citoyenne et patrimoine local. On y retrouvera un photographe cher à Kometa, Mohamed Bourouissa. Dans notre numéro 8, Guide de survie dans un monde sans démocratie, il avait évoqué la figure haute en couleurs de sa tante, Noubia, prostituée dans l’Algérie coloniale. Elle s’est confiée à lui avant de mourir en 2022, à 80 ans, racontant dans un récit très émouvant comment elle avait fait passer des armes au FLN, puis exercé “le plus vieux métier du monde” à Paris, à Bruxelles puis en Allemagne, faisant vivre une partie de sa famille. |
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