Chaque semaine, La Comète prend une nouvelle direction et explore les zones sensibles de notre époque. Cette fois, cap sur Taïwan avec le journaliste gastronomique François-Régis Gaudry, qui raconte l’île à travers ses cuisines, des “night markets” aux restaurants étoilés. Ou comment la gastronomie est devenue un espace de liberté et l’un des instruments les plus subtils du “soft power” taïwanais.

Un stand de nouilles aux huîtres au marché de nuit de Shilin, Taipei. An Ron Xu

Bonjour, c’est François-Régis Gaudry

Journaliste gastronomique, j’explore les scènes culinaires de la France à l’étranger et décline un appétit insatiable à la radio, télé, en livre et projets artistiques variés… Producteur et animateur des émissions On va déguster (France Inter) et Très Très Bon (Paris Première), je suis l’auteur chez Marabout de la série On va déguster pour Paris (2025), l’Italie (2020) et la France (2017). Mon premier livre en solo, Recettes & Récits (2024), est un voyage intime parmi mes recettes préférées, des chefs à celles de ma grand-mère.

François-Régis Gaudry

Journaliste et critique gastronomique

Gastronomie et géopolitique à Taïwan

Ça fait une dizaine d'années que je m'intéresse à cette destination et j'ai toujours eu le désir de m’y rendre. Sur les réseaux sociaux et dans les médias spécialisés autour de la gastronomie, et notamment la presse anglo-saxonne, il y avait cette petite musique entêtante qu’il se passait vraiment quelque chose de singulier et de très intéressant à Taïwan.

Une île tropicale avec une cuisine très métissée au carrefour de la cuisine chinoise et de la cuisine japonaise – qui a une grande influence là-bas – mais aussi de la cuisine occidentale, notamment en ce qui concerne la haute gastronomie. Mélange auquel il faut ajouter la cuisine native, celle des peuples aborigènes qui ont occupé l'île bien avant les Chinois, les Japonais ou les Occidentaux…

Tout ce melting-pot donne une identité culinaire à la fois très forte et en mouvement, en construction perpétuelle, puisque la gastronomie taïwanaise – et ça je m'en suis rendu compte sur place – est certainement l’un des soft power les plus puissants pour valoriser plus largement son identité culturelle et politique. C'est pour cette raison que je voulais absolument m'y rendre.

© An Rong Xu


J’ai donc activé quelques réseaux pour monter ce voyage et passer plus d'une semaine sur place, entre la capitale Taipei et différentes villes du sud de Taïwan afin d’explorer cette cuisine très riche. Là-bas, j’ai eu la confirmation de ce que je pressentais, une profonde effervescence culinaire à tous les niveaux !

Et dans tous les registres, depuis la cuisine de rue (street food), qui est vraiment un sport national à Taïwan, jusqu'à la haute cuisine portée par une nouvelle génération de chefs taïwanais, le plus souvent formés en Occident, qui ont ouvert des restaurants, à Taipei principalement mais également dans d’autres grandes villes.

Avec le désir de codifier, d’interpréter voire de réinterpréter la cuisine taïwanaise. Et avec, à la clé, la récompense du Michelin, qui a créé son guide Taïwan depuis près de dix ans, ce qui est la preuve de l'importance de l’île sur la scène gastronomique mondiale, qui comprend désormais plusieurs établissements étoilés.

Un reportage de François-Régis Gaudry à retrouver dans Kometa n°12, “Faites la cuisine, pas la guerre”.

C’est sans doute le point commun avec la France: cette effervescence de tous les instants, cet intérêt quotidien porté à la cuisine qu’on perçoit le mieux là-bas dans les night markets, ces marchés de nuit entièrement dédiés à la street food et leur festival de spécialités, omelette aux huîtres – l’un des plats nationaux les plus emblématiques –, brochettes de poulpe ou sandwichs tels le gua bao, pain vapeur garni de poitrine de cochon braisé avec du chou fermenté, avec de la coriandre fraîche et des cacahuètes pilées.

Les night markets sont des sortes de places publiques absolument incontournables à Taïwan. Non seulement il s’y trouve une énergie et une créativité culinaires incroyables, mais ce sont aussi de véritables espaces de liberté où tout le monde vient discuter spontanément de politique autour d’une bière ou d’un bon plat, à n’importe quelle heure. Un vent de la liberté souffle dans ces endroits et cela m’a particulièrement marqué.

François-Régis Gaudry, marché aux poissons de Sanchong à Taipei. An Ron Xu

Les livres que je recommande

Deux ouvrages qui m'ont accompagné durant ce voyage.

Tout d'abord, le livre passionnant de Pierre-Antoine Donnet, Taïwan, survivre libres (Nevicata, 2025). Une analyse de la situation culturelle, politique, économique, géopolitique de Taïwan par un auteur qui y a vécu une quarantaine d’années. Un texte à la fois concis et très érudit sur le destin de Taïwan, une île survivante, une rescapée de toute la tectonique géopolitique chinoise.

L’autre livre, plus pragmatique et culinaire mais tout aussi passionnant, parce que très fidèle à tout ce que j'ai mangé, c'est Easy Taïwan, Les meilleures recettes de mon pays tout en images, de Virginia Chuang (Mango, 2024). C’est une super chef taïwanaise installée à Paris, rue du Nil, dans un restaurant qui s'appelle Foudi Jia-Ba-Buay et qui propose des recettes dans les règles de l'art, très respectueuses de ce qu'on peut goûter sur l’île.

Des recettes à retenir

Alors il y a une recette que j’aime beaucoup, que j’ai eu l'occasion de goûter sur place et qui fait l’objet d’un buzz important, notamment outre-Atlantique. C’est la recette du Three Cup Chicken, littéralement “le poulet aux trois tasses” car la sauce est composée de trois ingrédients à parts égales: une tasse d'huile de sésame, une tasse de sauce soja et une de vin de riz. En plus il y a du gingembre et beaucoup de coriandre fraîche.

Ce poulet découpé en morceaux qui mijote pendant 15-20 minutes est une recette influencée par la cuisine chinoise, mais aujourd’hui un totem alimentaire et culinaire à part, très emblématique de Taïwan. Si vous voulez découvrir la recette complète, c’est simple : elle est donnée avec mon article dans Kometa !

Three cup chicken, plat populaire taïwanais.


En supplément pour “La Comète”, je vous donne une autre recette dégustée localement: le bouillon de palourdes. Plus précisément, ce sont des palourdes cuites dans un bouillon, 3 minutes dans une eau bouillante même pas salée puisque les palourdes le sont déjà. On ajoute 3 ou 4 cm de gingembre frais épluché et découpé en julienne ou en fines lamelles. Plus deux belles cébettes ou ciboules ciselées qui vont apporter du goût, puis 3 à 4 cuillères à soupe de nuoc-mam, la sauce de poisson. Là, on obtient un bouillon délicieux qu'on fait cuire 3 minutes de plus.

En tout, donc, 6 minutes de cuisson. Et pour finir, un peu de basilic thaï, afin d’apporter une note anisée très intéressante. Cela donne des palourdes sublimes ! Je les ai dégustées sur une table en plastique, dans un stand de rue, à 22 heures en plein Taipei et je me suis proprement régalé. J'ai reproduit cette recette à la maison et elle fonctionne à merveille.

Bon plan sur La Comète


📅 Du 1er au 10 avril

La Filmothèque du Quartier Latin accueille l’édition 2026 du Festival du film taïwanais, l’occasion de découvrir un panorama du cinéma de Taïwan entre nouveautés, classiques restaurés, animation et courts-métrages.

Cette année, le cinéaste Tsao Shih-Han sera l’invité d’honneur et viendra rencontrer le public. Son film Before the Bright Day, consacré aux aventures d’un adolescent au moment de la première élection présidentielle taïwanaise, ouvrira le festival. Plusieurs de ses courts-métrages seront également projetés.

Au programme également : cinq longs-métrages contemporains, trois films de patrimoine et une sélection de courts-métrages, pour explorer différentes générations et formes du cinéma taïwanais.

📍 La Filmothèque du Quartier Latin , au 9 rue Champollion, 75005 Paris

🎟️ Programme et billetterie à venir sur le site de la Filmothèque.

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