Chaque semaine, La Comète prend une nouvelle direction et explore les zones sensibles de notre époque. Dans cette lettre, le photographe Martin Barzilai se penche sur les refuzniks, ces Israéliens qui refusent de servir dans l’armée. Un travail au long cours qui interroge la militarisation de la société israélienne, ravivée par la guerre, tout en laissant entrevoir, à travers ces voix dissidentes, de fragiles raisons d’espérer.  Itamar Greenberg a refusé de faire son service militaire. Martin Barzilai le rencontre en juillet 2024 avant son incarcération. “La dernière fois que je l’ai vu, c’était à Paris, fin 2025, lors de sa tournée en France avec le Mouvement pour une alternative non violente (MAN).” — © Martin Barzilai |
|
|
Bonjour, c’est Martin BarzilaiJe suis photographe documentaire, né à Montevideo (Uruguay). Je me suis d’abord intéressé aux problématiques historiques et sociales de mon continent d’origine. J’ai également travaillé longuement en France, en Grèce et en Israël/Palestine à travers des collaborations avec la presse et la réalisation de projets au long cours. Quand les planètes s’alignent, j’arrive à en faire des expositions et des livres. Le premier d’entre eux a été publié en 2017, sous le nom de Refuzniks, aux éditions Libertalia, avec le soutien d’Amnesty International. De 2018 à 2023, j’ai travaillé sur un autre ouvrage : Cimetière fantôme, Thessalonique publié aux éditions Créaphis avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah. Parti dans le nord de la Grèce avec l’idée d’y trouver les traces d’une histoire familiale, j’en suis revenu avec une sorte d’enquête hybride qui touche à l’urbanisme, à l’archéologie, à la mémoire et bien sûr à la photographie. Parallèlement à ce travail, depuis 2022, je collabore avec le CNRS au sein d’un groupe de recherche en sociologie (ANR CHOICE) dont le principal objectif est d’analyser la dialectique hégémonie/contre-hégémonie à l’œuvre en Israël. Mon site : https://martin-barzilai.com/ |
|
|
 | Martin Barzilai Photographe documentaire |
|
Refuzniks : Israël, ceux qui ont dit nonDans le dernier numéro de Kometa, l’écrivain et grand reporter Christophe Boltanski consacre un texte aux Israéliennes et Israéliens qui refusent de servir dans l’armée. Mes photographies accompagnent son récit. Elles sont issues d’un travail au long cours que je mène depuis plusieurs années autour de celles et ceux que l’on appelle les refuzniks, un projet photographique et documentaire qui a donné lieu à plusieurs publications. Ce projet a commencé il y a plus de quinze ans. Entre 2008 et 2017, j’ai rencontré des Israéliens de tous âges ayant refusé de faire leur service militaire. J’en ai donc tiré un premier livre, Refuzniks (Libertalia, 2017) qui rassemble une quarantaine de portraits photographiques accompagnés d’entretiens. Dans un pays où le service militaire est pratiquement constitutif de la citoyenneté, leur positionnement m’a profondément interpellé. J’ai donc exploré ce sujet pendant près de dix ans, en tentant de comprendre ce que ce refus dit de la société israélienne et de ses tensions internes. En mai 2023, je retourne en Israël/Palestine pour contribuer aux recherches du groupe ANR CHOICE et mettre à jour ce travail. Mais le 7 octobre bouleverse tout. La question du refus de servir dans l’armée prend alors une ampleur nouvelle, devenant plus dense, plus urgente. Avec les éditions Libertalia, nous décidons de poursuivre ce travail avec un second volume intitulé Nous refusons, Dire non à l’armée en Israël, publié en avril 2025. Les photos qui accompagnent le récit de Christophe Boltanski dans Kometa ont, elles, été réalisées en octobre 2025. Un récit publié en partenariat avec Amnesty International, et paru parallèlement dans son magazine mensuel des droits humains, La Chronique.  Martin Barzilai a rencontré Noa Levy pour la première fois en 2016. Jeune avocate, elle défendait déjà les jeunes qui refusaient de faire leur service militaire, ce qu'elle fait encore aujourd'hui avec le même engagement.. — © Martin Barzilai |
|
|
L’actu que j’ai retenue Comme tout le monde, je suis marqué par l’attaque menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran et le Liban. À la fin février 2026, Itamar Greenberg, refuznik de 19 ans, est de passage à Paris. Pour rentrer dans son pays, il a dû prendre un avion jusqu’en Albanie puis jusqu’en Égypte et terminer son long itinéraire en bus. À peine arrivé, le 3 mars, il participe à une manifestation contre les attaques d’Israël en Iran, au Liban et en Palestine. Il est arrêté alors qu’il tient une banderole sur laquelle on peut lire « Une société militariste produit la mort ». Une vidéo du journaliste photographe Oren Ziv montre Itamar se faire empoigner par la police. Il garde le poing levé dans un geste de défi. Dans un article de Médiapart, Menachem Klein, professeur de sciences politiques israélien interrogé par la journaliste Gwenaelle Lenoir, avance deux raisons principales à ces attaques. Selon lui, « Benyamin Nétanyahou veut remodeler toute la région ». Il ajoute : « Nétanyahou comprend qu’en passant d’une guerre à l’autre ou d’un front à l’autre, en maintenant le public dans une zone de guerre, il empêche les critiques et chaque opération réussie rend les Israéliens ivres de leur pouvoir. » Ce mécanisme lui permet ainsi de se maintenir aux commandes du pays.  Un reportage de Martin Barzilai et Christophe Boltanski à retrouver dans Kometa n°12, “Faites la cuisine, pas la guerre”. |
|
|
Une raison d’espérer Tout cela nous donne peu de raisons d’espérer. Malheureusement, on imagine bien la guerre s’installer durablement au Moyen-Orient, et le nombre de morts civils s’allonger sombrement. S’il faut vraiment chercher une raison d’espérer, je crois qu’elle se trouve précisément du côté des refuzniks qui, malgré une opinion publique majoritairement guerrière en Israël, continuent de s’opposer à la militarisation de la société. Ils sont minoritaires. Mais ils sont comme ces lucioles dans l’obscurité dont parle Georges Didi-Huberman. |
|
|
Les livres et films que je recommande No Other Land, réalisé par les Palestiniens Basel Adra et Hamdan Ballal, avec les Israéliens Rachel Szor et Yuval Abraham, a reçu l’Oscar du meilleur film documentaire en 2025. Pourtant, il a été très peu diffusé en salles en France. Pour m’être rendu moi-même à plusieurs reprises dans la région de Masafer Yatta, où le film a été tourné, je considère qu’à tout point de vue, il s’agit d’une œuvre essentielle pour comprendre la situation en Cisjordanie.  L’un des premiers livres que j’ai lus sur la situation en Israël/Palestine et qui m’a profondément marqué est : Sur la frontière (2002). Cet ouvrage raconte le parcours et l’engagement de son auteur, Michel Warschawski, qui est une figure de la gauche radicale israélienne qui s’est battu toute sa vie pour une paix juste dans cette région du monde. Je suis aussi un lecteur de bandes dessinées et j’apprécie particulièrement le travail de Joe Sacco ainsi que le magistral Maus d’Art Spiegelman. En photo, j’aime regarder le vieux Paris d’Eugène Atget et j’admire le travail de la photojournaliste Susan Meiselas. J’ai également été marqué par le livre de Bruno Fert : Les Absents. Enfin, j’apprécie la manière dont Patrick Cockpit se moque du fascisme dans son ouvrage Franco & moi. |
|
|
Une phrase qui m’inspire Plus que jamais : « Résister c’est vaincre. » Un graffiti vu dans les rues de Barcelone, il y a bien longtemps. ~~~~~~~~~~~~ |
|
|
Bon plan sur La Comète
📅 Mardi 24 mars à 19h30 À l’occasion de la parution du reportage En Israël, dire non à l’armée dans Kometa n°12, une rencontre est organisée pour prolonger ce travail et en discuter les enjeux. Le journaliste Christophe Boltanski et le photographe Martin Barzilai présenteront leur enquête, réalisée avec Amnesty International, en présence d’Elisha Baskin, refuznik israélienne. Une rencontre animée par notre rédactrice en chef Léna Mauger, pour mettre en perspective cette enquête, comprendre ses origines et discuter des trajectoires de celles et ceux qui choisissent de dire non. 📍 Librairie Libertalia – Maison des Métallos : 94, rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris 🎟️ Entrée libre, dans la limite des places disponibles Une soirée organisée par Kometa, La Chronique d’Amnesty International et la librairie Libertalia.  🍽️ Cap sur Taïwan : les restaurants à découvrir près de chez vous Dans le dernier numéro de Kometa, le journaliste gastronomique François-Régis Gaudry explore comment Taïwan fait de sa cuisine un outil de soft power, affirmant son identité face aux tensions régionales. Des night markets de Taipei aux tables européennes, la gastronomie devient ainsi un langage culturel et politique. Pour prolonger ce voyage dans l’assiette, une bonne porte d’entrée existe : TheFork, la plateforme de réservation de restaurants qui permet de découvrir et réserver parmi plus de 55000 tables dans le monde, des bistrots de quartier aux restaurants étoilés. En quelques clics, l’application donne accès aux disponibilités en temps réel, aux avis vérifiés de millions de gourmets et à des offres exclusives, de quoi explorer facilement de nouvelles cuisines et multiplier les découvertes. C’est aussi une manière concrète de voyager à travers les cultures dont parle Kometa. À Paris, plusieurs tables proposent aujourd’hui de goûter à cette cuisine venue des night markets de Taipei – raviolis vapeur, beef noodle soup ou plats à partager – et de découvrir, le temps d’un repas, un aperçu de cette scène culinaire taïwanaise. Pour trouver ces adresses et bien d’autres, TheFork permet de réserver simplement et de se laisser guider par la communauté de foodies. Votre prochaine table vous attend ici : https://www.thefork.com |
|
|
|
|