Intime ou lointain, réel ou fantasmé, l’ami d’hier peut être l’ennemi d’aujourd’hui, et l’inverse, révélant des logiques d’inégalité et de domination. La Russie s’est longtemps proclamée “grande sœur” de l’Ukraine : aujourd’hui elle la bombarde… Les liaisons de ce deuxième numéro de Kometa révèlent les multiples strates qui forment le présent et le passé. Elles dessinent des lignes de faille et des pointes d’espoir.
↘ Même opposants à Poutine, de nombreux Ukrainiens refusent de côtoyer les Russes. Emmanuel Carrère est parti à Kyiv et à Kherson explorer les ressorts de cette position de principe.
↘ La romancière iranienne Nasim Vahabi et l’écrivain russe Mikhaïl Chichkine correspondent et se demandent comment sauver un livre des griffes de la censure, si la langue peut survivre à l’exil et ce que peut la littérature face à la haine.
↘ Le réel se raconte en images, avec le portfolio du Bulgare Valery Poshtarov, accompagné d’un texte de Mathieu Palain.
↘ Militante hongroise de 19 ans, Lili Pankotai est devenue le symbole de la jeunesse en colère. Pendant un an, elle a écrit pour elle et pour nous le journal de bord de ses combats.
↘ Avant l’invasion de leur pays par la Russie, Vlada et Kostiantyn Liberov étaient photographes de mariage et d’histoires de cœur. À 30 ans, ils sont devenus reporters de guerre parmi les soldats et le chaos.
L'actualité vue de l'intérieur par les auteurs et les photographes de Kometa.
Vu d'Ukraine
Tant que la guerre n’est pas finie, que la Russie reste invaincue, de nombreux Ukrainiens refusent de côtoyer des Russes. Pour Kometa, Emmanuel Carrère est parti à Kyiv et à Kherson explorer les ressorts de cette position radicale.
Avec l’auteur d’Un roman russe et de Limonov, on entre dans la complexité d’un conflit et dans la tête des Ukrainiens confrontés à l’agression de leur voisin.
Vu de Russie
Photographe russe né en Estonie, Alexander Gronsky, 43 ans, capture avec esprit l'apparente insouciance des Moscovites en temps de guerre. Il traque les indices d'un crime qui ne dit pas son nom, pour garder la trace d'une époque que les Russes voudront bientôt «oublier et effacer».
Vu d'Ukraine
Avant l’invasion de leur pays par la Russie, ces deux Ukrainiens étaient photographes de mariage et d’histoires de cœur. À 30 ans, Vlada et Kostiantyn Liberov sont devenus reporters de guerre parmi les soldats et le chaos.
Vu de France
La mère de la romancière Salomé Kiner a épousé dans les années 1980 un juif soviétique, et avec lui la langue russe. Ils ont fini par divorcer, la Russie est devenue infréquentable, mais le plaisir des mots est resté intact. Comment continuer à aimer la langue d’un pays qui nous a tant déçus ?
L’autrice de Grande couronne (Christian Bourgois, 2021) dresse l’histoire des générations qui, en Occident, ont rêvé avec l’utopie communiste jusqu’à fermer les yeux sur ses crimes.
Milan Kundera - Un Occident kidnappé
Paru en 1983 dans la revue Le Débat, à l’époque où Américains et Soviétiques se partageaient le monde, Un Occident kidnappé, de Milan Kundera, repère deux tragédies vécues par l’Europe centrale – Pologne, Hongrie et Tchécoslovaquie. D’un côté, l’impérialisme russe lui impose son régime communiste et sa culture. De l’autre, l’Europe de l’Ouest ignore ce voisin au regard pourtant braqué sur elle qu’elle ne perçoit que comme un ensemble appelé « bloc de l’Est ». Cette Europe centrale, passionnée de diversité – au contraire d’une Russie « centralisatrice » et « uniformisante », dit Kundera – se sent occidentale.
C’est ainsi qu’en septembre 1956, quelques minutes avant de mourir sous le feu de l’artillerie russe qui a suivi l’insurrection hongroise, le directeur de l’agence de presse de Hongrie avait envoyé par télex ce message au monde : « Nous mourrons pour la Hongrie et pour l’Europe. »
Ryszard Kapuściński - Le Shah
En 1979, le dernier shah d’Iran est renversé par une révolution qui accouche de la République islamique. Quand la rue gronde, quarante-trois ans plus tard, contre cette dictature, l’écrivain François-Henri Désérable parcourt le pays pour préparer son livre L’Usure d’un monde (Gallimard). Depuis le toit- terrasse d’un café, il découvre Le Shah, écrit entre 1979 et 1981 par le grand reporter polonais Ryszard Kapuściński.
Par Michka Assayas
À 15 ans, Michka Assayas s’envole pour Moscou en voyage scolaire. Cinquante ans plus tard, le critique musical partage ses souvenirs musicaux soviétiques.