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Numéro 1

Impérialisme

Trois mois avant l’invasion de l’Ukraine, Vladislav Sourkov, l'obscur penseur de Poutine qui a inspiré l'écrivain Giuliano Da Emploi pour son Mage du Kremlin, écrivait : “la Russie s'étendra. Non pas parce que c’est bien, ni parce que c’est mal. mal, mais parce que c’est physique”.  En agressant son petit voisin, Vladimir Poutine applique la forme d'exercice du pouvoir la plus commune dans l’histoire. Nationalisme, colonialisme, totalitarisme, la sainte trinité nourrit des rêves d’expansion. Pour son premier numéro, Kometa plonge au cœur de cet impérialisme qui inverse la réalité en prétendant mener une guerre de libération. 

Couverture du premier numéro de la revue Kometa
Couverture du premier numéro de la revue Kometa

Deux hommes sur la plage dont un avec un masque de tête squelette.

Emmanuel Carrère part en Géorgie sur les traces de sa cousine Salomé Zourabichvili, présidente de ce petit pays du Caucase tiraillé entre la Russie et l’Europe.

↘ Le premier Russe condamné pour s’être opposé à la guerre nous écrit clandestinement de prison.

Iegor Gran, auteur du roman à succès Z comme zombie (2022), plonge au cœur d’un réseau social orthodoxe de 40.000 mères et épouses russes qui prient pour leurs soldats envoyés sur le front.

Luba Yakymtchouk, fille d’un mineur de charbon et d’une ouvrière, la poétesse ukrainienne raconte comment un soldat russe dort dans sa maison.

Achille Mbembe, Milan Kundera, Cédric Gras, François-Henri Désérable, Michka Assayas : Kometa, ce sont aussi des pages idées, de la cartographie, des livres, du cinéma et de la musique.

Dans ce numéro...

L'actualité vue de l'intérieur par les auteurs et les photographes de Kometa.

Une femme cachée par un drapeau géorgien.
Odzisi, frontière avec l'Ossétie du Sud, région géorgienne occupé par les Russes depuis leur invasion en août 2008. En 2022, le checkpoint rouvre après des années de fermeture. Daro Sulakauri

Vu de Géorgie

Emmanuel Carrère part à la rencontre de sa cousine Salomé Zourabichvili, présidente de la Géorgie, pour raconter l’histoire de ce pays qui tente de s’affranchir de la Russie. Un récit entre introspection familiale, clic-clac inconfortable et destins politiques incroyables.

Une affiche publicitaire géante.
"Rejoint l'équipe qui gagne. Milice privée Wagner." Quartier d'affaires de Moscou, avril 2023. Alexander Gronsky

Vu de Russie

Photographe russe né en Estonie, Alexander Gronsky, 43 ans, capture avec esprit l'apparente insouciance des Moscovites en temps de guerre. Il traque les indices d'un crime qui ne dit pas son nom, pour garder la trace d'une époque que les Russes voudront bientôt «oublier et effacer».

Une table avec de la nourriture.
Un soldat russe dort dans ma maison Elena Subach

Vu d'Ukraine

Fille d’un mineur de charbon et d’une ouvrière, la poétesse Luba Yakymtchouk a grandi dans le Donbass. En 2014, quand la guerre éclate, elle réside à Kyiv et n’a qu’une vague idée de ce que vivent ses parents sous les bombes. Puis arrive l'invasion russe à grande échelle, le 24 février 2022.

Vu de Russie

Dans la petite ville de Vologda, à 450 kilomètres de Moscou, Vladimir Alexandrovitch, ouvrier, a monté une station de radio. Celle-ci diffuse, dans un rayon de deux kilomètres, des infos contre la guerre, que peut-être personne n’écoute. Il est tout de même jeté en prison. L’écrivain Filipp Dzyadko a publié un roman qui raconte presque la même histoire. Stupéfait de cette coïncidence, il écrit au prisonnier.

Des militants soulevés du sol par des militaires russes.

Des militants soulevés du sol par des militaires russes.
Soulevés de terre par les malabars de la police russe, les pieds au-dessus du bitume, transformés en humains volants. Photographie d'opposants hors-sol

Milan Kundera - Un Occident kidnappé

Paru en 1983 dans la revue Le Débat, à l’époque où Américains et Soviétiques se partageaient le monde, Un Occident kidnappé, de Milan Kundera, repère deux tragédies vécues par l’Europe centrale – Pologne, Hongrie et Tchécoslovaquie. D’un côté, l’impérialisme russe lui impose son régime communiste et sa culture. De l’autre, l’Europe de l’Ouest ignore ce voisin au regard pourtant braqué sur elle qu’elle ne perçoit que comme un ensemble appelé « bloc de l’Est ». Cette Europe centrale, passionnée de diversité – au contraire d’une Russie « centralisatrice » et « uniformisante », dit Kundera – se sent occidentale.

C’est ainsi qu’en septembre 1956, quelques minutes avant de mourir sous le feu de l’artillerie russe qui a suivi l’insurrection hongroise, le directeur de l’agence de presse de Hongrie avait envoyé par télex ce message au monde : « Nous mourrons pour la Hongrie et pour l’Europe. »

Ryszard Kapuściński - Le Shah

En 1979, le dernier shah d’Iran est renversé par une révolution qui accouche de la République islamique. Quand la rue gronde, quarante-trois ans plus tard, contre cette dictature, l’écrivain François-Henri Désérable parcourt le pays pour préparer son livre L’Usure d’un monde (Gallimard). Depuis le toit-­ terrasse d’un café, il découvre Le Shah, écrit entre 1979 et 1981 par le grand reporter polonais Ryszard Kapuściński.

Par Michka Assayas

À 15 ans, Michka Assayas s’envole pour Moscou en voyage scolaire. Cinquante ans plus tard, le critique musical partage ses souvenirs musicaux soviétiques.

#1 Impérialisme

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